Résumés du colloque de l’AÉBiUM 2015

Collation_UdeM-2013

Présentations courtes (3 minutes)

 

Biases influencing service provision in physiotherapy services

Maude Laliberté, Barbara Mazer, Tatiana Orozco, Gevorg Chilingaryan, Matthew Hunt, Bryn Williams-Jones, Debbie Feldman

The study purpose is to determine whether source of reimbursement for physiotherapy services and patient-related factors influence waiting time, treatment frequency and duration. Canadian physiotherapy professionals completed an online survey containing randomly allocated clinical vignettes (same condition, but variations in insurance coverage and patient characteristics). Results show no differences in waiting times, treatment frequency and duration with age, gender, socioeconomic status or condition chronicity. In the private sector, patients with no insurance coverage wait longer and are seen less often than patients with insurance coverage. This study provides a significant contribution, informing stakeholders on the state of professional practice.

 

Développement d’applications Web interactives pour mieux identifier, comprendre et gérer les conflits d’intérêts dans la recherche universitaire

Charles Marsan, Sonia Paradis, Elise Smith et Bryn Williams-Jones

Les médias publics dépeignent souvent les conflits d’intérêts (CI) dans la recherche universitaire comme des situations forcément synonymes de malhonnêteté, de partialité et d’inconduite. De plus, malgré le fait que la divulgation des CI financiers s’améliore et qu’on élabore des politiques universitaires, les CI non financiers (ex. idéologiques, religieux) ne sont que rarement discutés. Il perdure une connotation péjorative répandue des CI qui dissuade les chercheurs à déclarer et gérer efficacement ces situations. Ce projet vise à utiliser nos travaux sur les CI pour créer des applications Web interactives afin d’aider les chercheurs à comprendre notamment que les CI ne sont pas foncièrement contraire à l’éthique, et que ces situations peuvent et doivent être gérées. Ces outils seront testés sur divers membres de l’UdeM avant d’être diffusés en libre accès. Des données seront recueillies par le biais des applications web elles-mêmes, en suivant le processus de prise de décision chez les participants.

 

L’Épuisement psycho-moral des proches aidants

Guylaine Martin

Considérant le peu de littérature sur l’impact du désistement des aidants en lien avec leur rôle avant le décès de l’aidé, ce travail se veut une réflexion éthique sur le thème de l’épuisement psycho-moral des aidants. Inspiré des travaux de Sophie Éthier (2014) sur le concept de responsabilité morale, qui définit la responsabilité morale par l’acceptation des conséquences de ses actes et un souci des personnes sous sa responsabilité (la responsabilité – sollicitude de Métayer), je propose de vérifier dans quelle mesure l’épuisement psycho-moral des aidants représente une conséquence du concept de responsabilité morale qui est non entendue et non partagée par l’État et la société.

 

Vaccination contre le méningocoque de sérogroupe B : la population est-elle bien informée?

Louise Ringuette et Bryn Williams-Jones

En 2014, les autorités de santé publique du Saguenay-Lac-Saint-Jean (SLSJ) ont mis en place un programme de vaccination contre le méningocoque de sérogroupe B (MSB) chez les jeunes de 20 ans et moins afin d’essayer de réduire l’incidence de l’infection. Le vaccin utilisé, Bexseromd, récemment homologué au Canada, est jugé efficace par les experts en immunisation. Afin de vérifier si la population du SLSJ a pu consentir de manière éclairée à ce nouveau vaccin, trois niveaux d’accès à l’information définis qualitativement (de facile et générale à restreint et spécifique) sont utilisés pour vérifier l’information accessible à propos de quatre critères utilisés par les experts pour évaluer Bexseromd (fardeau de la maladie, efficacité et sécurité du vaccin, rapport coûts et bénéfices et considérations éthiques). En fonction des données recueillies, il appert que les experts ont omis de transmettre certaines données à propos des incertitudes entourant l’efficacité et la sécurité de Bexseromd et ont ainsi limité l’autonomie des personnes à faire un choix éclairé.

 

FIV au Québec : a-t-on besoin de directives pour encadrer l’offre de service?

Tierry Morel – Laforce

Le programme de fécondation in vitro du Québec est né dans la controverse et sera prochainement modifié dans la controverse. Le but du projet de recherche est de s’inscrire dans le débat entourant les lignes directrices qui encadreront le nouveau programme. Pour ce faire, le personnel médical et de soutien des cliniques du Québec sera rencontré afin de dresser un portrait des raisons non médicales ayant mené à un refus de traitement de leur part vis-à-vis des patients. Depuis la création du programme, les cliniques ont dû accepter ou refuser des patients sans avoir de critères ou de balises pour le faire. Le personnel s’est alors retrouvé avec comme seul outil leur esprit critique pour les aider à prendre des décisions difficiles. Il sera alors intéressant de colliger ces raisons et d’en faire une analyse éthique. Les résultats de cette recherche pourront être utilisés pour améliorer le programme de procréation assistée du Québec.

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Présentations longues (10 minutes)

 

Le contexte biopolitique contemporain et l’application éthique des connaissances en épigénétique

Charles Dupras et Vardit Ravitsky

Dans la dernière décennie, l’épigénétique moléculaire a attiré l’attention du monde biomédical, mais aussi des sciences sociales. D’une part, une «traduction clinique» de l’épigénétique propose des avenues supplémentaires pour étudier les maladies et leurs traitements potentiels au niveau moléculaire. D’autre part, une «traduction politique» propose de nouveaux arguments en faveur de stratégies de santé publique qui viseraient plutôt les comportements malsains des personnes et les inégalités sociales de santé. Dans un contexte où les ressources en santé sont limitées, certaines questions se posent à savoir quelle est l’avenue la plus pratique – et la plus éthique – pour l’application des connaissances en épigénétique. Lors de cette présentation, j’expliquerai comment le contexte biopolitique actuel peut biaiser l’application de l’épigénétique en faveur de la traduction clinique, au détriment de la traduction politique. D’abord, en m’appuyant sur la tendance sociologique de ‘molécularisation’ de la santé, je mettrai en garde contre une focalisation trop importante sur les déterminants internes de la santé, ainsi que sur leur isolation entre eux. Ensuite, en m’appuyant sur la tendance sociologique de ‘biomédicalisation’ de la santé, je mettrai en garde contre la marchandisation excessive du corps humain et la ‘technologisation’ des interventions de soins de santé. Je conclurai que ce « régime de vérité » (Michel Foucault) contemporain, lequel trouve un sol particulièrement fertile dans nos sociétés néolibérales, est un obstacle majeur à la traduction politique de l’épigénétique, donc au développement de politiques publiques qui encouragent et facilitent l’adoption de comportements sains par des citoyens informés et qui permettent de réduire les inégalités de santé en s’attaquant aux disparités socio-économiques et environnementales.

 

Aide médicale à mourir et don d’organes : enjeux éthiques

Julie Allard

La transplantation d’organes sauve des vies, mais elle est limitée par le nombre d’organes disponibles. La mise en place de protocoles pour le prélèvement d’organes après décès par arrêt cardiocirculatoire (DDC) est une stratégie visant à en augmenter le nombre. Le DDC soulève de nouveaux enjeux éthiques, notamment lorsqu’il s’agit de DDC suivant une décision de cessation de traitement chez des patients neurologiquement aptes. Un tel cas s’est présenté récemment au Québec et a généré des questionnements et une souffrance morale chez différents intervenants. Suite au jugement de la Cour suprême du Canada légalisant le suicide assisté et vu l’application future de la loi 52 permettant l’aide médicale à mourir au Québec, des cas similaires se présenteront plus fréquemment. En Belgique, on estime que 20% des patients décédés suite à une euthanasie souffraient de maladies neuromusculaires et pouvaient par conséquent donner des organes de qualité. En Suisse, des suggestions pour favoriser le don d’organes après le suicide assisté ont soulevé la controverse et mis en évidence des problèmes éthiques liés à cette pratique. Ce projet de recherche vise à connaître les perspectives des professionnels de la santé impliqués dans le prélèvement d’organes sur les problèmes éthiques liés au DDC suivant un arrêt de traitement chez une personne apte ou une aide médicale à mourir. Les résultats contribueront à l’élaboration de lignes directrices sur le sujet.

 

Ménage à trois : une revue des enjeux de la FIV avec remplacement mitochondrial

Raphaëlle Dupras-Leduc

En février 2015, le Royaume-Uni est devenu le premier pays au monde à légaliser la fécondation in vitro avec remplacement mitochondrial (FIVmt). Cette procédure vise à éviter la transmission de maladies rares, mais graves, voire fatales, et imprédictibles, par l’ADN mitochondrial (ADNmt) de la mère : maladie de Leigh, crises similaires à des accidents vasculaires cérébraux, cécité, surdité, dystrophie musculaire, etc. La FIVmt consiste en le transfert du génome nucléaire de l’ovule de la mère d’intention, dont l’ADNmt contient des mutations, vers l’ovule d’une donneuse, dont l’ADNmt est sain, et ce, avant ou après la fertilisation par le sperme du père d’intention. L’enfant résultant de la procédure a ainsi le bagage génétique de trois parents. Bien que prometteuse, la FIVmt n’a à ce jour été testée que sur des drosophiles, des souris, des primates et des embryons destinés à la recherche. Partant, sa légalisation au Royaume-Uni soulève de nombreux enjeux éthiques, légaux et sociaux, notamment quant à ses avantages/bénéfices et à ses risques/inconvénients et a déjà fait couler beaucoup d’encre. Cette présentation vise à partager les éléments préliminaires d’un projet de revue critique interprétative de la littérature visant à recenser les arguments de nature éthique, légale et sociale liés à la FIVmt, portant plus spécifiquement sur ses avantages/bénéfices et ses risques/inconvénients. L’objectif de la revue est d’apporter un regard critique et innovateur sur cette littérature afin d’alimenter le débat et la réflexion déjà entamés.

 

L’éthique des campagnes d’information directe des médicaments: une réelle source d’information ou de la promotion habile?

Jean-Christophe Bélisle-Pipon

Dans la plupart des pays, la promotion des médicaments d’ordonnance peut sembler être sévèrement régulée en raison de restrictions sur la publicité directe des médicaments aux consommateurs (PDMC). Cependant, des stratégies existent pour sensibiliser les consommateurs au sujet des médicaments d’ordonnance, notamment à travers le déploiement de campagnes d’information destinée directement aux consommateurs (IDDC) qui encouragent les patients à demander de l’aide au sujet de conditions médicales particulières. Au Canada, l’IDDC est menée par l’industrie et réglementée par Santé Canada comme étant des activités purement informatives, toutefois la conception de telles compagnes et leur intégration dans des campagnes de promotion à grand déploiement soulèvent des préoccupations éthiques très similaires à celles de la PMDC. Plus précisément, les IDDC peuvent être des moyens efficaces pour familiariser la population avec l’utilisation et les avantages d’un médicament en particulier, et à l’instar de la PMDC, pour favoriser l’accroissement de la demande des consommateurs et ainsi mener à une augmentation problématique de la prescription et l’utilisation de médicaments qui ne sont pas forcément les plus appropriées ni les plus rentables (en terme coûts-bénéfices). Et pourtant, l’industrie respecte les règlements établis par les régulateurs. Pour répondre adéquatement à cette incohérence réglementaire, je soutiens que les IDDC devraient être réglementés comme un type de publicité indirecte des médicaments aux consommateurs. Bien que la règlementation et le cas présentés soient canadiens, les conséquences s’étendent à tous les pays qui possèdent une interdiction partielle ou totale sur la PMDC.

 

La deuxième mort de la signature savante en recherche

Elise Smith

Qui mérite le titre d’auteur d’une publication scientifique ? Dans quel ordre devrait-on nommer les auteurs, membres d’une équipe de recherche ? Comment devrait-on prendre les décisions concernant la signature scientifique (plus communément nommé autorat)? Ces questions provoquent souvent des conflits dans les équipes de recherche en science de la santé. Au cours des dernières deux décennies, certains chercheurs et éditeurs de renoms ont considéré que ses conflits devenaient tellement fréquents et intrusifs, que la notion d’autorat était dépassée; certains universitaires ont même annoncé sa mort. L’autorat, qui met l’emphase sur la responsabilité individuelle, ne pouvait pas adéquatement refléter la procédure de recherche contemporaine où plusieurs individus travaillent en collaboration et partagent ainsi la responsabilité de l’intégrité de la recherche. Pour remplacer la notion d’autorat en recherche, il est suggéré qu’une taxonomie basée sur la contribution serait plus appropriée pour reconnaitre le mérite et la responsabilité des individus en recherche. Dans cette allocution, je démontre que les taxonomies basées sur la contribution n’ont pas les mêmes fonctions symboliques ou pratiques que l’autorat et ne sont donc pas facilement interchangeables. Les taxonomies basées sur la contribution ont des avantages, mais présentent aussi des limites importantes qui ont été sous-estimées dans la littérature universitaire. Je propose qu’il soit nécessaire de mieux circonscrire les deux notions (contribution et autorat) pour qu’ils puissent coexister de façon à augmenter la transparence des responsabilités en recherche tout en assurant une distribution adéquate du mérite.

 

Le cerveau social du chien et le bien-être humain

Caroline Kilsdonk

Les changements sociaux et démographiques ont influencé la structure familiale et les soins aux aînés. Les personnes âgées vivant en milieu d’hébergement font souvent face à un sentiment de solitude et à la perte de leur réseau social, entraînant une baisse de leur qualité de vie. Les patients présentant des démences, de l’aphasie ou des maladies neurodégénératives peuvent de plus avoir une capacité limitée de communiquer verbalement. Des séances de zoothérapie (nécessitant une triade : patient, chien et intervenant) peuvent constituer un substitut ou un complément à un réseau social actif en encourageant la communication verbale, en stimulant la réminiscence et donner la possibilité d’interactions sociales non verbales. Le rôle affectif du toucher est maintenant reconnu. Les neurosciences sociales animales et humaines étudient les structures et processus cérébraux impliqués dans la communication, l’empathie et l’attachement. Elles nous apportent  un éclairage essentiel pour la compréhension des mécanismes du lien humain-animal. L’étude de la cognition, de la communication et des émotions canines démontre leur sensibilité au langage humain verbal et non verbal. Ils peuvent faire preuve d’empathie et développer de véritables liens affectifs. Alors que d’autres interventions deviennent non indiquées à ce stade de la vie, les interventions en qualité de vie et soins palliatifs devraient être mises de l’avant. Les bénéfices de la zoothérapie à la santé psychologique et mentale des humains sont semblables à ceux des relations avec des humains… bien loin d’un quelconque pouvoir magique!

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